Le rayonnement d'une école de chantTrinite

La complexité du nouveau répertoire est telle que les maîtres de chant cherchent assez rapidement le secours de l'écriture. A l'Ecole de Metz est rattachée l'une des plus importantes famille de manuscrits musicaux que l'on trouve non seulement dans les grandes régions proches de Metz, mais jusqu'en Espagne, en Italie, en Autriche.

Le plus ancien et le plus bel exemple de cette notation messine est conservé à la Bibliothèque de Laon. Un expert lui-même ne peut déchiffrer à partir de cette écriture une mélodie qu'il ignore : ces neumes qui glissent sur le parchemin comme des vols d'oiseaux ne figurent pas de façon précise la hauteur des sons ; ils servaient d'aide-mémoire au maître de chant, lui permettant de retrouver une mélodie déjà apprise, précisant la subtilité des valeurs rythmiques. Impropre à noter un accompagnement d'instrument ou une polyphonie, cette notation a été spécialement conçue pour exprimer la fluidité du chant vocalisé et la souplesse d'inflexions modelées sur la chaude musicalité du mot latin : pour rendre compte de tels phénomènes de la voix chantée cette écriture est insurpassable. Le succès des neumes messins fut tel qu'on les voit encore sur les portées du XIVe siècle.

Du VIIIe au XIIe siècle, Metz est l'un des centres musicaux les plus brillants d'Europe. Fondée sur la tradition orale, l'Ecole messine rayonne jusqu'à l'apparition, après Guy d'Arezzo, d'un système de notation précisant la hauteur des sons. Elle est à l'origine d'autres écoles célèbres : à Saint-Gall en Suisse, à Reims, à Chartres. Au XIIe siècle, c'est à Metz que se rendent les premiers cisterciens en quête de la pureté du chant chrétien. L'histoire a conservé de nombreux noms de chantres (cantores) et de théoriciens de la musique (musicis) qui ont assuré l'éclat de l'Ecole messine : Amalaire, Etienne de Liège, le futur Pape Léon IX, Théotger,etc. On a longtemps attribué à Amalaire de Metz (775 ­ 853) la mise en forme définitive du répertoire ; il est l'auteur de commentaires sur les différentes pièces liturgiques de plus en plus étudiés de nos jours.