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La Gare et le Château d'eau

La gare fut édifiée entre 1905 et 1908 par l'architecte Kröger. C'était alors le phare de la nouvelle ville édifiée par les Allemands.

Chargée d'une symbolique extraordinaire, elle affirme la puissance de l'Empire allemand.

Son style néo-roman a été imposé par l'empereur pour "germaniser" Metz et rappeler l'empire othonien : arcs en plein cintre, rinceaux (ornements), portails ornés de lions, animaux monstrueux, claustras (parois ajourées), chapiteaux historiés, etc.

Le calcaire gris-jaune employé veut rompre avec la traditionnelle pierre de Jaumont de la vieille ville.

La gare symbolise une église (partie "départ" avec la tour de l'horloge) et un palais impérial (partie "buffet" et "arrivée"), c'est-à-dire les pouvoirs religieux et temporels de l'empereur au Moyen Age.


Le hall de gare

Au-dessus de la grande arcade du hall de départ, l'aigle impérial dominait (il en reste la queue, sous le blason de la Lorraine qui l'a remplacée).

Le chevalier à l'angle de la tour de l'horloge représentait la protection impériale sur Metz (il a changé quatre fois de tête suivant les régimes politiques !).

La fenêtre de la chambre impériale est surmontée d'un tympan orné d'une femme tissant et d'un guerrier, symboles de l'industrie et de la guerre, tous deux nécessaires à l'extension de l'empire...

Le grand salon est orné d'un vitrail représentant Charlemagne sur son trône à Aix-la-Chapelle. Certains chapiteaux historiés racontent les progrès techniques de l'époque : voiture, zeppelin ; les avancées sociales : cheminots à la retraite, médecine du travail ; ou encore l'extension coloniale de l'Allemagne à l'aide de chameaux !


La gare / Le château d'eau

Cette gare, où abonde une symbolique à la gloire de l'Empire voulue par Guillaume II, est aussi un bâtiment très fonctionnel dont la conception a été supervisée par les militaires pour répondre aux exigences du plan Schlieffen : les 25000 hommes du 16e Corps d'Armée de Metz devaient pouvoir embarquer, en 24 heures et avec tout leur équipement, pour se diriger vers la France puis vers la Russie...

Cela explique l'immensité de cette gare (300 m de long), surdimensionnée par rapport aux besoins civils de l'époque, mais tout à fait adaptée aujourd'hui.

Les techniques de construction utilisées étaient ultramodernes. Ainsi, la gare repose-t-elle sur plus de 3000 pilotis en béton armé, enfoncés à 17 m de profondeur.

La superbe tour, à gauche de la gare, est l'ancien château d'eau qui alimentait les machines à vapeur. Il attend aujourd'hui une nouvelle vocation.

La Gare de Metz

L'horloge de la Gare de MetzAprès avoir construit une gare de chemin de fer en 1878, les Allemands, qui occupent Metz de 1870 à 1918, décident d'édifier, sur l'emplacement des anciens remparts, une gare stratégique qui puisse accueillir les trains de voyageurs, de marchandises, ainsi que les trains postaux et qui permette de faire embarquer 750 000 chevaux avec soldats en 24 heures.

Un concours d'architecture est lancé en 1901, dont le cahier des charges indique que "le site de la nouvelle gare et le bâtiment de la gare (...) résultent du schéma d'aménagement de la zone d'expansion de la ville". Dix-neuf projets sont reçus, et le premier prix est attribué à celui de Jürgen Kröger, un des architectes les plus célèbres d'Allemagne à l'époque, associé à Peter Jürgensen et Jürgen Bachmann. Son projet, inspiré du Jugen stil, est intitulé Licht und Luft (lumière et air). Il est qualifié de "clair, précis et fonctionnel" et doté d'une "architecture sérieuse, majestueuse et fraîche". Kröger doit toutefois le remanier dans le style néo-roman, afin d'obtenir l'approbation de Guillaume II, qui prenait systématiquement connaissance des projets de gares de cette envergure. Les travaux sont réalisés entre 1903 et 1908.

Avec une longueur de près de 300 mètres, cette gare, bâtie sur deux étages, est la plus longue de France. Elle se compose d'un pavillon central pour l'accueil et les services aux voyageurs, encadré de deux ailes en retrait pour la sortie et les services fonctionnels.

La composition de la façade n'est pas symétrique, mais un avant-corps monumental doublé d'une tour de l'horloge de 40 mètres de haut est situé sensiblement au centre de la place. Les murs, ornés de pierres à bossage, sont bâtis en grès beige de Niderviller, avec un soubassement de basalte noir, et la toiture est couverte de tuiles vernissées vertes, avec quelques éléments en cuivre.

Détail d'un ornement de la gareLe décor sculpté, réalisé par Robert Schirmer et Johannes Riegger, est particulièrement abondant, avec des bas-reliefs allégoriques, des chapiteaux et des frises. Les sculptures commentent les grands thèmes de la Chrétienté. Le style néo-roman se caractérise par ses arcs en plein cintre, les portails ornés de lions, les claustras, les chapiteaux historiés racontant les épopées modernes et symbolisant la politique expansionniste de Guillaume II. En effet, l'empire allemand est le principal sujet du décor. Guillaume II voulait renouer avec le passé du Saint Empire Romain Germanique, unissant les pouvoirs spirituels et temporels. Ainsi le portail "départ" symbolise une église dont la tour de l'horloge est le clocher, et le portail "arrivée" un palais médiéval. L'aigle impérial, remplacé aujourd'hui par le blason de Metz, trônait au dessus de la fenêtre impériale, encadré par un chevalier et une femme tissant la laine. La statue de Roland, à l'angle de la tour symbolisait la protection impériale sur Metz.
           
Les empires orientaux sont présents dans le décor romano-byzantin du grand escalier du pavillon impérial. Cet espace de réception est conçu pour permettre à l'empereur de se reposer à son arrivée à Metz, avant d'entrer dans la ville. Le salon d'honneur est éclairé par un vitrail représentant Charlemagne, qui évoque ainsi l'empire carolingien ; il comprenait un second vitrail, l'aigle impérial, qui a été déposé après 1918, ainsi que certains motifs sculptés à connotation allemande.

Un vitrail de la GareLe réseau ferroviaire, large de 150 mètres, comporte quinze voies desservies par des quais, hauts pour les voyageurs et les chevaux, et bas pour les bagages et les soldats. Ils étaient couverts par trois halles métalliques vitrées, remplacées en 1974 par une dalle de parking en béton sur pilotis, desservie par une rampe hélicoïdale.

Les façades et toitures sur la place, le hall des départs, le salon d'honneur et le buffet ont été inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1975. Un ravalement des façades et une réfection des toitures sont réalisés en 1991. Une restructuration intérieure a été engagée en 2004, dans la perspective de l'arrivée du TGV-Est européen le 10 juin 2007.

Un imposant château d'eau se dresse au côté Nord. Sa tour circulaire, isolée sur une butte, s'élève à près de 40 mètres de hauteur. Ce château d'eau était destiné à fournir de l'eau pour les hommes, les chevaux et les locomotives, mais il devait aussi servir d'établissement de bains pour les employés.


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